Le Berceau par Berthe Morizot (1872)

Berthe Morizot - Le Berceau (1872) huile sur toile - Musée d'Orsay à Paris
Berthe Morizot – Le Berceau (1872) huile sur toile – Musée d’Orsay à Paris

Marzia Fiorito, guide conférencière de talent, a animé le 7 mars pour la Société Historique Artistique et Littéraire de Puteaux une conférence remarquable sur « Berthe Morisot, la peinture rebelle« . Dans cet article, elle nous partage son éclairage sur le tableau le plus emblématique de Berthe Morisot : Le Berceau.

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15 avril 1874
Dans l’atelier du photographe Nadar s’ouvre la première Exposition des Impressionnistes.
Trente artistes -165 œuvres, et une femme, Berthe Morisot, brune, yeux verts et une volonté féroce de réussir dans ce milieu plutôt réservé aux hommes !

Parmi les tableaux qu’elle a décidé de présenter, un s’intitule : « Le Berceau«  réalisé en 1872, c’est une Huile sur toile de petit format H. 56,0 x L. 46,5 cm.
On voit un bébé qui dort et sa jeune mère le regarde.

Ça touche à un événement familial : la naissance de la deuxième fille de sa sœur Edma, prénommée Blanche.
C’est elle, la mère penchée sur le berceau.
Et si on y pense, il y a peu de « maternités » dans la peinture du XIXe siècle, comparé aux Madones de la Renaissance Italienne… mais le prétexte religieux favorisait le sujet.
Edma avait débuté une carrière de peintre.

Avec Berthe, Edma avait pris des cours auprès de maîtres importants, pratiqué la peinture de plein air sous la direction de Corot à Ville d’ Avray.
Elle était diligente et plein de talent.
Les deux sœurs inséparables avaient présenté au Salon en 1863 et 1867 leur premières œuvres et, toujours ensemble, elles avaient fréquenté les salles du Louvre comme copistes, où Manet, Monet et Degas croisèrent leur chemin…

Mais pour Edma sonne l’heure des choix : artiste ou épouse ? Son mariage en 1869 avec un officier de marine en poste à Lorient l’empêcha de continuer à s’intéresser à l’art.
Berthe aimait beaucoup sa sœur et l’a peinte plusieurs fois.
Dans sa peinture Berthe regarde à la vie quotidienne et aux faits de la vie de famille et des femmes qui l’entourent.

Sujet féminin, simple, innocent, comme pour bien définir les rôles dans la société de l’époque : « pour l’homme, l’action et pour la femme, la maison ».

Mais rien est innocent ici.
Berthe veut montrer ce dont elle est capable, sa pleine maîtrise.
La composition est ici particulièrement étudiée et pleinement réussie :

Dans les courbes du berceau, il y a deux grandes diagonales.
Le joli profil de la mère est au centre d’un triangle.
Et puis il y a la couleur et la lumière, une gamme de blancs, très subtils, nacré dans la transparence du tissu léger et puis une gamme de bruns, noirs et gris.
Plus sombre est la robe de la mère, comme le fauteuil et le papier peint.
Le tout est rehaussé par quelques notes de couleurs vives : orangé, rose et rouge.
Les bleus clairs plus froids en arrière-plan donnent sérénité et fraicheur .

Le trait de Berthe la différencie de tous les autres impressionnistes, il est léger et aigu.
Cette rapidité d’exécution lui a été reprochée, alors que Manet la défendait.

Elle donna à son coup de pinceau une agilité et une liberté que peu de peintres de son temps ont atteintes.

Dans Le Berceau cette vibration soyeuse est présente aussi dans le geste délicat de la main de la mère qui tient le bord du rideau du berceau.
Elle exprime la qualité recherchée : celle du toucher… par les yeux.

Sa recherche de style donnera à sa matière picturale une vibration unique dans la peinture.
Mais Edma a un regard mélancolique et grave .
Elle est rêveuse et un peu distante… à cette époque les jeunes mères issues du milieu bourgeois ne s’occupaient pas de leurs enfants , tâche destinée aux nourrices… femmes dans l’ombre et souvent exploitées.

Cette même année 1874, à 33 ans, Berthe épousa Eugène Manet, le frère du peintre Edouard Manet (le scandale de ses œuvres est encore d’actualité).
Elle continua à peindre et à signer avec son nom de jeune fille.
Donc pour elle, pas besoin de faire un choix : l’art était une affaire de famille.
Et sa fille Julie deviendra son modèle de prédilection, son grand amour, son chef-d’œuvre.

Berthe Morisot Autoportrait (1885) - Musée Marmottan Monet à Paris
Berthe Morisot Autoportrait (1885) – Musée Marmottan Monet à Paris

Berthe dans cet autoportrait de 1885 est belle, fière avec sa blouse de peintre et prête à défier le conventions.
En 1895, sur son acte de décès, a été écrit : « sans profession« .
L’école des Beaux Arts ne sera ouverte aux femmes que deux années plus tard, en 1897.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour vendre le tableau, Berthe le retira de l’exposition.
Le Berceau resta ensuite dans la famille d’ Edma et de sa fille jusqu’à sa vente au Louvre en 1930.Aujourd’hui Le Berceau est un des tableaux le plus admiré et connu du Musée d’Orsay à Paris.

Berthe Morisot est sensible et impétueuse, rebelle et élégante.


Marzia Fiorito

Guide conférencière nationale
7 mars 2026

 

Crédits tableaux 
Berthe Morisot (1841-1895) : Le Berceau (1872) huile sur toile Paris, Musée d’Orsay
Berthe Morisot (1841-1895) Autoportrait (1885)  – Paris, Musée Marmottan-Monet

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