Etude des cimetières de Puteaux par Jean-François Martre
février/avril 2021
Sommaire :
- Localisation des cimetières de Puteaux
- Etude de Paul Launay sur les cimetières de Puteaux
- Les fouilles sur le site de la Vieille Église de Puteaux
1. Localisation du premier cimetière de Puteaux
L’étude de Paul Launay sur les cimetières de Puteaux, publiée dans le Bulletin de la SHALP de 1942, page 70 et suivantes mérite d’être complétée par les informations fournies par le terroir des Dames de Saint-Cyr relevé autour de l’année 1700.
Localisation du premier cimetière de Puteaux.
Suivant l’étude de Paul Launay, un cimetière fut autorisé à côté de la Chapelle Notre Dame de Pitié en 1575 d’après Lebeuf ou en 1596 d’après le savant bénédictin Jacques Bouillard.
Avant cette date, les habitants de Puteaux étaient enterrés dans le cimetière de Suresnes leur paroisse.
Ce premier cimetière de Puteaux devait s’étendre devant la Chapelle comme il était d’usage, et certaines personnalités et bienfaiteurs furent sans doute enterrés aussi dans la chapelle elle même(Lebeuf).
A partir de 1614, des travaux de fondations ont lieu sur l’église et en 1640, le bâtiment va doubler de superficie et une tour clocher lui est adjoint. Probablement que la toute première implantation du cimetière en fut perturbée.
Le terroir des Dames de Saint-Cyr fut établi autour de l’année 1700 (document D840 des archives des Yvelines). Le relevé effectué par l’arpenteur Loriot confirme l’emplacement finale du cimetière qui va perdurer au moins jusqu’en 1800.
Sur ce plan, le cimetière occupe toute la place devant l’église, jusqu’aux maisons qui la borde.


– Le plan de Loriot donne aussi l’implantation d’un second cimetière réservé aux protestants.


Jean-François Martre – 02-2021
2. Étude de Paul Launay sur les cimetières de Puteaux
Étude sur les cimetières publiée dans le Bulletin de la SHALP de 1942, pages 70 à 74.
Nous essayons et c’est notre rôle de Société Historique de faire revivre le Passé historique de Puteaux. Nous avons évoqué la vie, les joies et aussi l’âpre labeur des générations qui nous ont précédés, il convient donc que, respectueusement, nous nous approchions de leurs sépultures.
C’est en l’an 1573, suivant l’abbé Lebeuf, ou 1596, suivant le savant bénédictin Jacques Bouillart, alors que notre Ville était un hameau de la Paroisse de Suresnes, qu’un cimetière fut autorisé à côté de l’église. De nos jours, rien ne rappelle le cimetière. Il y avait bien encore, vers 1882, une ancienne barrière de bois qui l’avait clôturé et que l’on avait rapprochée d’un mètre environ des murs de l’église.
Jadis, c’était l’usage d’enterrer les grands Personnages, les bienfaiteurs dans les églises. Et l’abbé Lebeuf, en son Histoire du Diocèse de Paris (1755), déclare avoir « vu dans la nef l’épitaphe d’un vigneron gravée sur un marbre, ce qui ne se voit pas å Suresnes… »
Ce vigneron, qui était-ce un riche propriétaire ? Un grand bienfaiteur de la paroisse ? L’Histoire ne nous a légué ni son nom ni sa biographie. Les documents le concernant ont dû disparaitre aux époques troublées, ainsi que la plaque de marbre portant le memento.
Le second cimetière fut établi vers 1800, dans les terrains formés aujourd’hui par les rues Parmentier, Agathe et Gérhard. Un seul vestige demeure : un pilier de la grande porte. Il est au coin des rues Voltaire et Parmentier, adossé au mur d’un immeuble qu’il semble renforcer.
A l’époque du choléra-morbus, en 1832, les enterrements succédaient aux enterrements. Notre contrée fut touchée par ce fléau et, il parait, qu’on fut obligé, par manque de places, de creuser des tombes jusque dans les allées.
Ce cimetière fut complétement désaffecté en 1855. Était-ce l’appréhension qu’a tout être vivant en face de la Mort ? Était-ce celle de construire dans un sol où se mêlent des ossements humains ? Mais, en tout cas, la vente ou la location des terrains furent des plus difficiles.
Nos concitoyens qui se rendent au Casino », rue Gérhard, ne se doutent pas, tant leurs pensées sont occupées par le plaisir d’une bonne soirée, qu’ils foulent une terre qui fut une véritable Cité des Morts, une terre aux quatre coins de laquelle on pourrait dresser une large plaque portant ces mots : « Cineres et ossa ».
En 1851, fut inauguré, au lieu-dit « La Cahute », le cimetière connu sous le nom de cimetière des « Cinq-Arches ».
Franchissons la porte ; mais avant de nous engager dans l’allée principale, plantés d’ifs à l’âcre senteur, tournons tout de suite à gauche et puis encore à gauche et là, dans l’encoignure du mur longeant la rue des Bas-Rogers, nous sommes devant la tombe où reposent les ouvrières tuées dans l’explosion survenue le lundi 18 décembre 1882, vers 3 heures de l’après-midi, au Mont-Valérien. Cette tombe est recouverte de sauvageons et c’est à peine si l’on peut lire, à travers les lierres et les branchages entremêlés, les noms de ces Victimes. Sauvons-les de l’oubli : Virginie Cabauchart, Elise Charlé, Esther Huteaux, Eugénie Leprigent, Sédénio, femme Carrié, Maury-Clapy, femme Larrivé.
Dans l’allée centrale, à droite, près de la porte d’entrée, tombeau surmonté d’une sphère. La repose M. Etienne Bachotet, instituteur, ancien directeur d’Ecole de Puteaux et de Nanterre. Dans la mémé rangée, tombeau de Mgr Jean-Baptiste-Frangois Pompallier, Premier évêque d’Auchland (Nouvelle-Zélande), 1838- 1868, décédé à Puteaux le 21 décembre 1871.
Un petit rond-point au centre duquel la croix est dressée. Sur son piédestal se lit l’in memoriam de François Desnos, ancien curé de Puteaux, décédé le 16 septembre 1823. Et c’est en cet endroit que se trouve la tombe toujours bien entretenue, monument élevé par souscription publique, de Lucien-Jacques Combes, ancien premier vicaire, décédé en 1882.
Signalons encore la tombe de la famille du Docteur de Lagorce. La croix qui la surmonte porte cette phrase latine : In te speravi (J’ai espéré en Toi). Les anciens ont gardé la mémoire de ce médecin si charitable, fondateur d’ouvres de bienfaisance.
Un peu plus loin, c’est toute l’ancienne Ville qui se retrouve. Que de noms connus et qui ont marqué d’une forte empreinte leur passage sur notre terre ! Les uns ont cultivé nos champs, d’autres ont administré la Ville, dirigé des manufactures, animé des ouvres, des sociétés… C’est alors que, devant cette multitude de nos compatriotes, dont nous vénérons les restes mortels, et nos pensées embrassant d’un seul coup l’innombrable légion de ceux qui nous ont précédés, l’on retrouve l’axiome « L’humanité est faite de plus de d’Auguste Comte : morts que de vivants… »
Voici la cohorte des terriens : les familles Coudray, Nézot, Panay, Foucault, Palach, Gromet, Dérue, Roy.
Les anciens Maires Jean-Théoxéne Roque (de Jean-Jérôme Fillol), décédé le 10 septembre 1889 ; Jullien, Maire de 1833 å 1840 ; Jean Saulnier, décédé en 1821 ; Pierre Langlassé ; Auguste Blanche ; Francillon. Les Industriels : Félix Godefroy ; Ragnet-Veyssiére, ancien teinturier ; Bouton, l’actif associé du Marquis de Dion ; Kreutzberger, fondateur de l’Atelier de construction de Puteaux (fabrique d’armes).
Les Bienfaiteurs : Victoire-Aimée Corbie ; M. Rousselle ; M. et Mme Edmond Cartault.
A côté de la tombe de Roque (de Fillol) se trouve celle du citoyen Arlot (l’aïeul), philosophe et fondateur d’couvres sociales. Et le long du mur qui longe la voie ferrée de Paris à Versailles, celle de l’abbé Séjalon, chanoine honoraire, ancien curé de Puteaux, qui a servi, selon la devise qui lui était chère, avec tant de dévouement.
A Paris et dans les grandes villes, les cimetières ne présentent pas le même aménagement, la simplicité Vite, vite, dissimulons aux yeux des vivants tout ce qui peut assombrir les pensées ! Et c’est ainsi que, lorsque vous pénétrez dans les nécropoles parisiennes, un épais rideau d’arbres vous donne l’illusion de vous promener dans un somptueux jardin public.
Ici, rien de pareil. L’on sait que l’on se trouve dans un asile de recueillement. Et, sans effroi, les souvenirs sur les Trépassés vous assaillent. De certains, vous évoquez la vie, les travaux, leurs gestes familiers, le son de leurs voix… Vous méditez et vous priez…
Avant de nous diriger vers la sortie pour nous rendre au nouveau cimetière, sis sur le territoire de Nanterre, au lieu-dit Les Saurins », signalons une curiosité. Pres du tombeau de la famille Duhamel, un figuier aux larges feuilles d’un beau vert a poussé dans un coin de mur et donne des figues savoureuses. La Ville avait ses roses, le champ du repos a ses fruits.
Après avoir gravi la côte et traversé les endroits aux désignations rustiques : les « Bachottes », les « Bergères » les « Graviers », les « Fontaines », on arrive au nouveau cimetière ouvert depuis une trentaine d’années, Il est immense et cependant il y a encombrement.
Sur la droite, reconnaissables à l’épée en forme de croix ou à la cocarde tricolore du Souvenir français, dont elles sont ornées, s’alignent les tombes des soldats morts pour la Patrie en la guerre de 1914.
On remarque, au bord de l’allée centrale, le tombeau de Marius Jacotot, Maire de Puteaux, mort en fonctions, en 1930.
Et au centre d’un carrefour, au bout de la grande allée, se dresse le bas-relief dû au ciseau du sculpteur E. Fernand Dubois : La Ville de Puteaux aux Victimes de la Guerre ». La Guerre est représentée par une femme casquée. Son glaive lui échappe devant le lugubre spectacle d’un malheureux soldat expirant. Pres de lui, une autre femme, mère, sœur ou épouse, l’assiste, abimée dans sa douleur.
La bruine qui descend froide et lente sur les tombeaux, nous envahit et l’on quitte le champ du repos accompagné des ombres implorantes des chers Disparus…
PAUL LAUNAY.

3. Les fouilles sur le site de la Vieille Église de Puteaux
Les travaux d’assainissement de la Vieille Église, qui venaient de reprendre en janvier 2021, ont été interrompus à la suite de la mise à jour dans l’assise de l’ancien clocher de plusieurs squelettes et de quelques fragments de poteries funéraires entrainant l’intervention d’une équipe du Centre archéologique de l’Inrap (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives).
Les premières observations permettent de penser que ces squelettes et fragments de poterie pourraient être datés de la deuxième moitié du XVIe siècle.
Cela confirmerait la présence du premier cimetière de Puteaux qui devait s’étendre sur l’actuelle place jusqu’à la moitié la plus ancienne de l’église actuelle.

JFM le 4/02/2021
Le déblaiement de l’assise de l’ancien clocher montre que le soubassement, réalisé dans les années 1640, a été creusé dans un sol humide et peu stable. La profondeur reste faible, environ un mètre, mais l’épaisseur des murs, comme on le voit sur la photo est énorme.
Cela n’a sans doute pas suffit à stabiliser le clocher qui a eu au bout d’un certain temps tendance à s’écarter de l’édifice de l’église ce qui explique la présence de la petite fenêtre sur le toit par laquelle passaient des tirants, que l’on voit sur les cartes postales.
On se rappellera qu’à cette époque, les registres paroissiaux s’appelaient registres des baptêmes, mariages et sépultures (BMS).
Le premier registre des BMS de Puteaux disponible sur le site des archives municipales couvre la période 1638-1673. C’est au moment de l’agrandissement de l’Église et de la construction du clocher.
Donner une sépulture était une mission de l’Église catholique qui avait la maitrise des cimetières, qui étaient paroissiaux. Les mécréants, hérétiques .. Ne pouvaient pas être enterrés « en terre chrétienne ».
L’Église de Puteaux donna aux protestants un terrain pour leurs sépultures.
Le cimetière était une terre bénite par l’évêque ou son représentant. Son emplacement devait être entouré par un mur ou une haie d’épines, empêchant les animaux d’y pénétrer et de déterrer les morts. On ne pouvait y tenir marché, ni lieu de plaisir, ni y jouer à la paume ou au palet.
Tous les endroits du cimetière n’étaient pas équivalents pour une inhumation, et la fosse commune était le lieu le moins considéré. On inhumait aussi dans le sol de l’Église. A cette époque, on y enterrait des prêtres et membres des confréries, des gentilhommes, de généreux donateurs.
Le premier registre BMS de Puteaux cite un certain nombre d’inhumations qui ont eu lieu dans l’église elle-même ; en voici une liste relevée par Anne Chabot :
– Le 5 juillet 1638, Élisabeth LECOMTE veuve en secondes noces de François MAURICE gentilhomme ordinaire de Monsieur, frère du Roy.
– 10 septembre même année Guillaume PILLET, prêtre vicaire de ce lieu devant le grand autel de ladite église.
– 17 mars 1641 Guillaume JEAN maître d’Hôtel de Monsieur de GRANDCAMP ( en 1639, Simon de RICARD; écuyer et archer des gardiens du corps du Roy a été enterré dans la chapelle de ce monsieur de GRANDCAMP) l’église de Puteaux
– 8 décembre 1641 Messire de BRIE neveu de Messire François De BRIE enterré devant le crucifix de cette église.
– Le 16 juillet 1656, Jean Pierre, fils d’un avocat au Conseil d’État et de Marguerite DUVAL
– Le 2 janvier 1660 Marie Catherine fille de Jacques Lac… et de Catherine DROUARD âgée d’1 mois et le 17 janvier Julienne MARTIN fille de Simon MARTIN et de Françoise Perrault âgée d’environ 21 ans
– Le 21 décembre Louis LECOQ
– Le 3 novembre 1661 Nicole De Lien femme d’Isaac MARTIN de la confrérie du Saint Sacrement
Le dernier enterré dans l’église est Jehan BIDART est maître serrurier.
En juillet 1650, la première allusion au cimetière de Puteaux c’est un jeune garçon de 11 à 12 ans trouvé dans la rivière.
Trop petits, les cimetières urbains mitoyens des églises furent entourés de murs et de charniers au dix-huitième siècle. A la suite des éboulements qui eurent lieu au cimetière des Saints-Innocents à Paris, il fut décidé de créer des cimetières hors la ville et de ne plus inhumer dans le cimetière accolé à l’église et de ne plus inhumer dans l’église elle-même (loi du 10 mars 1776).
Il faut attendre Napoléon et le décret du Palais de Saint-Cloud du 23 prairial an 12 (12 juin 1804) pour avoir les lois et règles relatives aux lieus d’inhumation tels que nous les connaissons.
Jean-François Martre – 04-2021


